L’UNE DES PIRES ATROCITÉS À LA PRISON CENTRALE DE YAOUNDÉ (KONDENGUI)

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LES MANGEURS DE VIPÈRE.

 »Il y’a des choses pour lesquelles, un détenu peut passer de vie à trépas pour le simple fait de s’être occupé des affaires des mangeurs de vipère au Kosovo de la prison centrale de Kondengui.

NB : les quartiers les plus dangereux de la prison centrale de Kondengui sont les quartiers 8 et 9. On appelle ces quartiers KOSOVO.

Pour passer un séjour carcéral paisible, il ne faut pas s’intéresser à cette affaire, il ne faut pas en parler sauf si vous aussi vous êtes un mangeur de vipère. Oui, ne t’intéresse jamais à la vie des mangeurs de vipère. Si tes yeux ont vu, fermes les et tais-toi, si tes oreilles ont entendu, bouches les et tais toi, si tes narines ont humé l’odeur, bouches les et tais toi. D’ailleurs un proverbe africain dit que l’homme a deux oreilles, deux yeux et une seule bouche pour beaucoup écouter, beaucoup regarder et parler peu.

DANS MON LOCAL, IL Y AVAIT UN MANGEUR DE VIPÈRE.

Au départ, nous les prisonniers politiques du local 91 avions la protection d’un détenu redoutable, craint tant par l’ensemble des détenus de la prison que part l’administration. On l’appelait le LION. À cause de sa proximité avec les prisonniers politiques, l’administration ne voyait pas de bon œil ce rapprochement et avait alors décidé de le muter dans une autre prison hors de la ville de Yaoundé. Il aimait à me dire « Jean Bonheur, moi je suis un bandit, mais me voici en train de faire la politique jusqu’à défendre les prisonniers du MRC, je ne comprend pas comment je suis entré dans votre affaire de politique là» et à moi de répondre chaque fois avec un sourire.

Lorsque le Lion d’avec qui je partageais le même local fut transféré ailleurs, nous, les prisonniers politiques de ce local avons connus des misères tout particulièrement d’un localiste mangeur de vipère.

Il mangeait la vipère au local au tour de minuit-2h bref généralement lorsque les localistes étaient endormis.

Alors qu’il disposait d’un mandat ( le mandat c’est ce qui sert lieu de couchette) et que le sol du local était réservé aux dormaterres (ceux qui dorment à terre), il sortait de son mandat la nuit pour manger la vipère à terre. Vous vous demandez certainement comment ? Voici exactement ce qui se passait. La vipère en question étant un dormaterre, la nuit venu au moment de se coucher, il portait un short complément fendu au juste milieu de l’arrière du short dans lequel il ne portait pas de sous vêtement ainsi la vipère était à découvert. Le mangeur sortait donc de son mandat, pour venir se coucher derrière la vipère et se servir. C’est ainsi que dans le local les mouches faisaient leur réunion, et discutaient avec les odeurs surtout lorsque la vipère n’a pas été bien lavé.

Un jour, Jordan, prisonnier politique et par ailleurs mon co-localiste épris de peine pour la vipère s’est rapproché d’elle pour lui proposer de faire coudre son short et de l’aider à se faire soigner de ses plaies mais la vipère lui avait alors opposé une sèche fin de non recevoir avec recommandation de s’occuper de ses affaires.

J’ai vu, vu de mes propres yeux comment on mange la vipère. Mes colocalistes et moi avons décidé de nous révolter à partir du jour où le mangeur peut-être un peu trop gourmand avait promis de manger l’un d’entre nous.

Mon Ami Politique à qui la promesse fut faite avait alors perdu le sommeil. Pour dormir, il doublait culotte et pantalon. Au départ nous avons négligé la menace mais comme il l’a martelait chaque soir, nous avons décidé de l’ester devant la justice de l’administration. Nous avons alors rédigé une plainte de 19 pages cosignée par 18 mandataires (ceux qui disposent d’un mandat). Dans la plainte, nous avions notifier plusieurs griefs en dehors de la consommation de vipère qui était pourtant le point névralgique de notre plainte. En effet, nous voulions en parler de vive voix sans laisser de traces écrites. Nous avions donc été appelés à l’audience du jugement dans le bureau du CBDD (Chef de Bureau de la Discipline des Détenus) je me rappelle c’était le 12 août dans la soirée autour de 15h. Parole fut donnée à la partie demanderesse que nous étions et lorsque nous avons évoqué la question de la vipère, le CBDD nous a retiré la parole. Toutefois, nous obtinrent gain de cause puisqu’il fut muté dans un autre quartier.

LE JOUR OÙ J’AI FAILLI ÊTRE MANGÉ

C’était le 14 avril 2019, victime d’une machination, j’avais été muté du quartier spécial 1 pour le Kosovo avec une peine de 30 jours en cellule d’isolement. Ce soir du 14 avril 2019 je suis accompagné en cellule d’isolement par un gardien de prison. C’est dans l’obscurité noire et totale que j’accède à la cellule et j’entends la porte se refermer derrière moi. C’est clair cette fois je suis vraiment en enfer. À peine je veux m’asseoir au sol que j’entends au loin dans le couloir des pas d’un homme qui visiblement courrait. Il vient et frappe à la porte puis appelle l’un de mes codétenus qui va se rapprocher du petit trou servant de parloir et percé sur la porte de la cellule. Et j’écouterai leur conversation. Il s’agit en fait du LION dont j’ai fais mention ci-dessus. Il met en garde mon codétenu de ne point me déranger sinon il aura à faire à lui et à mon codétenu d’acquiescer. Après le Lion, Dadis Serge, vous le connaissez, le condamné à mort le plus célèbre de la Prison de Kondengui à qui Engelbert Lebon avait explicitement demandé de veiller sur son petit que je suis lorsqu’il sortait de prison en début mars, vient donc à son tour pour mettre en garde le même codétenu. Deux autres prisonniers viendront également le mettre en garde et chaque fois, personne ne m’explique rien juste «Jean Bonheur, il n y a rien heinn, c’est une « phase » de la prison ». Je ne ferai finalement pas trente jours en isolement car mes amis politiques alerteront Me SIMH qui viendra discuter avec le regisseur et je sortirai de cellule quelques jours plus tard. C’est à ma sortie de cellule que j’apprendrai que mon codétenu en question est un mangeur de vipère.

LORSQU’UN DÉTENU AVAIT VENDU LA VIPÈRE À CRÉDIT

Oui, il y’a des vendeurs de vipère au Kosovo exactement comme il y’a des vendeuses de piment à mini ferme. Un détenu reconnu comme vendeur de vipère avait alors vendu la vipère à crédit. L’acheteur lui avait fait la promesse ferme de lui donner son argent (500f) lorsqu’il recevra la visite d’un de ses proches sensé lui apporter un peu d’argent sous huitaine. Le contrat passé, le vendeur avait livré la vipère sauf que deux semaines plus tard, il n’avait toujours pas été payé. C’est alors que lui-même avait alors marqué les pas, 1-2, 1-2 gauche-droite gauche-droite pour se rendre au BI (Bureau Intérieur). Le bureau intérieur est à la prison ce qu’est la surveillance au lycée. Il s’est donc rendu au BI pour se plaindre et on a fait appel à son débiteur. Son débiteur une fois venu a été sommé d’apurer le passif, chose faite ensuite les deux ont été enchaînés séparément aux pieds (au niveau des chevilles). Et puis c’est tout.

MILLE FRANCS CHERCHE ANUS

Voyez-vous, lorsque vous êtes au marché et que vous entendez des vendeurs crier 2000 venez me tromper… Il y’a des scènes similaires que l’on ne peut vivre qu’au Kosovo. Un soir alors que nous sommes assis à l’AVENUE KAMTO (C’est ainsi que nous avons baptisé la supérette d’un détenu très gentil où nous aimions passer du temps) que nous entendions mille francs cherche anus, mille francs cherche anus, mille francs cherche anus. Nous nous retournons et découvrons un jeune homme la trentaine bien sonné, bien baraqué qui répétait mille francs cherche anus, tout en répétant qu’il ne veut pas de chimango (chimango veut dire trop mince et sans chair). Quelques minutes après nous ne l’entendons plus crier et c’est alors qu’un ancien détenu nous dira qu’il a déjà trouvé…

Vous l’avez donc compris «manger la vipère» c’est l’expression usitée pour parler de l’homosexualité au Kosovo.

Ainsi va la vie au Kosovo »

Jean Bonheur Résistant

2 Commentaires

  1. Quelle prolixité! Votre récit est d’une clarté absolue et est pathétique.
    Mais que disent les administrateurs pénitentiaires ? Ils doivent nécessairement être informés et ont-ils relayé ces pratiques ignobles, abjectes et répugnantes de certains détenus à l’égard d’autres détenus au sein des prisons à la chancellerie ?
    Le ministre de tutelle, s’ il a été informé, pourquoi n’ordonne-il pas une commission d’ enquête pour faire toute la lumière sur ce fléau en expansion dans la prison et il faut le penser à l’ensemble de nos prisons ?

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